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Edmond DE PALEZIEUX

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Sur une croix dans une forêt au-dessus de Vevey, ces mots sont gravés : "Nous ne savons ni le jour ni l'heure où le seigneur viendra".
Ces paroles , frappantes de simplicité et d'une vérité éternelle, s'appliquent à la mort d'Edmond de Palézieux, que la maladie, foudroyante, nous enleva le 11 juin 1924, en pleine possession de ses facultés artistiques et intellectuelles.
Caractère loyal et franc, il était d'une modestie rare, ne se mettant jamais en avant, et profondément attristé par l'arrivisme, qui, de nos jours, envahit même les milieux d'artistes.
Coeur foncièrement bon, secourable à toutes les misères et à toutes les souffrances, il aimait les humbles et les deshérités, et les marins d'Equihen disent aujourd'hui le grand vide que son départ a creusé autour d'eux.
Ils lui témoignaient une affection respectueuse et admiraient sa puissance de travail et son endurence.
Il allait à son atelier par tous les temps, bousculé par le vent, trempé de pluie, transi de froid: la maladie seule l'arrêtait.
Au travail, il oubliait tout, jusqu'aux heures de ses repas.
Que de fois n'a-t-il pas fallu aller le chercher ou lui porter quelque nourriture qu'il prenait sans lâcher sa palette!
Les jours de tempête, on le voyait travailler sur nature, les pieds dans l'eau sur la plage, son panneau fixé dans une caisse pour l'abriter de la pluie; ou à plat ventre sur la falaise, aidé par les marins qui lui tenaient sa toile.
Il avait tout sacrifié à son art : vie du monde, bien-être et confort, et vivait dans la solitude pour être plus près de la nature, à la recherche de la beauté et de la vérité.
Son atelier, vaste baraque dominant la mer, vacillait à chaque tempête et laissait entrer la pluie : fournaise l'été, glacière l'hiver : rien ne le rebutait.
La nuit venait le surprendre à la tâche, et il restait là, assis dans le fond de son atelier, regardant l'obscurité envahir sa toile : au crépuscule, les couleurs s'atténuent peu à peu, mais les valeurs prennent toute leur importance.
Le soir, il lâchait tout à coup une lecture attrayante, sa seule distraction, pour prendre un crayon et chercher quelque composition, une ligne de terrain, un mouvement d'eau, la forme d'un bateau, le geste ou le caractère d'une figure.
La nuit n'arrêtait pas le travail de son esprit : il restait des heures sans trouver le sommeil, modifiant en pensée une forme, cherchant un effet.
Son tableau terminé, il laissait entrer quelques marins dans son atelier, et rien ne lui faisait plus plaisir que de voir leurs rudes figures rayonner de satisfaction ou se creuser d'épouvante.
Il recherchait leur avis sur le gréement d'un bateau, la force d'une vague, et écoutait leurs impressions avec le plus grand intérêt.
La plus belle preuve d'admiration et d'attachement qu'ils pouvaient lui donner, fut l'émotion respectueuse et recueillie avec laquelle ils vinrent, eux et leurs femmes, lui dire un suprême adieu.
Né a Vevey, en 1850, d'une des familles les plus anciennes et les plus honorables du pays, Edmond, henri, Théodore de Palézieux-Falconnet fut pris tout jeune par la passion de la mer et de tout ce qui touche à la vie maritime.
Peut-être faut-il attribuer cet attrait à son aïeule paternelle, fille de Sir Edmund Affleck, l'amiral qui seconda brillamment Lord Rodney dans les batailles navales de la fin du 18ème siècle.
Palézieux, lui aussi, avait voulu être marin, mais ses parents s'opposèrent à cette vocation.
Si la marine a perdu en lui un officier énergique, l'art, en revanche, a gagné un de ses plus sincères et géniaux interprètes.
Il dut borner ses rêves à parcourir le Léman.
Ses yachts étaient souvent à la place d'honneur et lui firent gagner de nombreux prix et médailles.
Ils le ramenaient volontiers à cette côte de Savoie, alors si pittoresque et solitaire : le Bouveret, St-Gingolph, Meillerie, Tour-Ronde, Amphion; tous ces sites charmants n'avaient plus de secrets pour lui.
Plus tard, ayant quitté le Lac et la navigation de plais ance pour vivre au bord de l'Océan et peindre les drames poignants de la mer, il n'oublia jamais tout à fait ses ébats de jeunesse, où, choississant toujours les plus fortes brises pour sortir, il restait des jours entiers sur l'eau, sillonant le lac en tous sens.
Une de ses dernières compositions, qui a figuré au Salon de 1923, "Souvenir de régates", où le maître, jeune et ardent, tient lui-même la barre de son yacht favori, montre la variété et la souplesse de son talent, capable de rendre aussi bien la surface miroitante d'un lac que les fureurs déchaînées de l'Océan.
Cette toile a été achetée pour une galerie de tableaux de New-York.
Palézieux fit ses premières études à Genève avec Barthélémy Menn, dont il parlait toujours avec émotion.
Ses carnets de croquis abondent de notes sur les leçons de ce professeur original et consciencieux.
Il travailla ensuite à Paris sous la direction de Jean Paul Laurens, puis de Cormon.
La mort accidentelle de Cormon, en avril dernier, qu'il apprit en lisant son journal, l'affecta profondément; ce fut un choc dont il ne se remit jamais tout à fait.
Cormon le considérait d'ailleurs comme le meilleur peintre de marines de l'heure actuelle, et disait volontiers : "Ah! Palézieux, l'eau, c'est son affaire, il la connaît mieux que personne!"
Il gardait un attachement touchant à ses professeurs dont il était devenu l'ami.
Ce sont encore eux, qui, lors de sa deuxième médaille, l'embrassaient en plein Salon en le félicitant devant tous les artistes qui les entouraient.
Un article de la Revue Moderne du 30 juillet 1920 constate en ces termes les qualités qu'il tient de ces deux maîtres : "la vigueur de la composition, la solidité du coloris et une science du dessin jamais en défaut. Mais, ajoute-t-il, une chose qui lui est bien personnelle, c'est le sentiment d'infini mystérieux et terrible, dans lequel la créature humaine, perdue, garde cependant une grandeur imposante par l'acceptation de la lutte inégale".
Les longues heures, inoubliables pour moi, que j'ai passées en sa compagnie, m'ont convaincu de toute la vérité de cette appréciation.
Disons aussi deux mots de ses portraits et notons aussi la facilité avec laquelle Palézieux passait d'un genre à un autre.
Si la mer était tout pour lui, et s'il est connu spécialement comme peintre de marines, il s'attira souvent les éloges de ses professeurs pour ses académies.
Il a laissé plusieurs portraits remarquables, de ravissants croquis d'enfants, et une grande toile, au premier plan de laquelle une religieuse en convalescence écoute la lecture d'une soeur plus jeune, en regardant le délicat paysage breton qui s'étage à ses pieds.
Comme portraitiste, il admirait particulièrement Rembrandt, Vélasquez et le métier large et sûr de Franz Hals.
Palézieux apportait un grand soin à l'exécution de ses tableaux.
Seules, des études longues et approfondies, lui permettaient d'interpréter avec une sûreté absolue la surface capricieuse et tourmentée de l'océan.
J'ajoute que sa connaissance des hommes et des choses n'était pas inférieure à sa parfaite compréhension de la mer.
Bien des marins, bien des pêcheurs qu'il a pris pour modèles, m'approuveront si j'affirme que jamais, dans le moidre détail d'habillement et de mise en scène de ses personnages, Palézieux ne s'est trompé.
De même pour le gréement des bateaux.
Cette technique impeccable, où l'avait-il acquise?
Au cours d'une longue vie de travail ininterrompue.
Au large de Terre-Neuve, il avait vu les pêcheurs aux prises avec l'Atlantique et s'était rendu familier le mouvement des grandes lames du large.
Signalons en passant un voyage en Hollande, où il étudia les grands peintres de marines hollandais, et d'où il rapporta quelques pochades et croquis très évocateurs de ces pays aux grands ciels nuageux.
Il connaissait la Manche de longue date, par les nombreux séjours qu'il fit à Cancale, Granville, Sark et sur tous les points de la côte normande et boulonnaise jusqu'à Fort-Philippe et Gravelines.
Mais reprenons le cours de sa carrière.
Nous pouvons diviser en trois périodes : si nous mettons dans la première ses toiles de jeunesse évoquant les environs du Léman, la seconde comprendra celles inspirées plus particulièrement par la Bretagne et les Iles Normandes.
Il rapporta de Sark plusieurs pochades et une grande toile des Autelets, hauts rochers détachés de la falaise et affreusement battus par la mer.
Puis des études pour son "Retour au marché", du Musée de Genéve, pour "Gaud", évocation des Pêcheurs d'Islande, de Loti, et pour "Hardi les gars", du salon de 1895, acheté par la Confédération Suisse, et déposé au Musée de Glaris, qui évoque les rudes figures des marins bretons.
Mais à Penmarch, presqu'île rongée par les eaux, et qu'il disait condamnée un jour à l'engloutissement, il avait fait quantité d'études très fines, que seul un artiste doué d'une sensibilité vive et délicate pouvait sentir et exécuter.
Il en tira quelques grandes toiles, dont un "Phare de Penmarch", dans les tons gris perle, remarquable par l'émotion et la poésie de la nuit finissante.
C'est encore une marine de Penmarch dans une symphonie de tons mauves qui lui valut en 1899 sa troisième médaille, et l'année suivante une médaille d'argent à l'exposition universelle.
A cette époque remonte l'idée de ses "Pêcheurs de Goémons", le "D'ar Bezin Glas", qu'il exécuta beaucoup plus tard et exposa en 1914.
Là, hommes et femmes, vêtus du pittoresque costume breton, ramassent le varech dans un décor impressionant.
Dans l'eau jusqu'aux genoux, ils arrachent péniblement l'Océan en furie les algues qu'ils brûleront dans leurs chaumières et dont ils fumeront leurs champs.
Ils en extrayent aussi de la soude, résidu des grands feux qui embrument en été les ciels bretons.
Des études sauvages et grandioses d'Ouessant, faites à bord du bateau des Ponts et Chaussées pendant la construction d'un phare en pleins courants du Fromveur, complètent la série de ses oeuvres inspirées par la Bretagne.
Nous touchons maintenant la troisième période de sa carrière, cette vingtaine d'années où il vécut hiver comme été dans la solitude d'Equihen, pauvre village de pêcheurs du Boulonnais et où il exécuta les toiles qui contribuèrent le plus à sa célébrité.
Les premières années, il descendait en novembre et décembre passer la saison du hareng à Boulogne.
Il existe de nombreuses pochades faites en hiver au lever ou au coucher du soleil dans le port de Boulogne, merveilleux effets de lumière dans la brume et la fumée des remorqueurs qui entraînent hors des jetées les grandes voiles des harenguiers.
En 1905, sa toile "Après un naufrage", actuellement dans un musée des Etas-Unis, fut de l'avis de tous le clou du Salon.
Elle lui valut le prix de l'atelier Cormon et une 2ème médaille qui le mit Hors concours. En 1907, "En détresse" fut acheté par l'Etat.
En 1908, il exposa deux grands tableaux, "En perdition" et "Bateaux à la côte", ce dernier au musée de Vevey, et l'année suivante son "Perdus" et ses "maisons de pêcheurs".
Tout un aspect d'Equihen est ici dévoilé, Equihen ensoleillé, qui a moins souvent inspiré ce pinceau magistral d'Equihen par la tempête.
Mais s'il était tenté particulièrement par les drames de la mer, il savait rendre avec la même sensibilité tous les aspects de la nature.
Telle pochade de la plage à marée basse: un grand ciel, une flaque d'eau et des sables, vous donne une impression de solitude et d'immensité prodigieuses.
Regardez son "Départ pour la pêche au hareng" et savourez toute la poésie qui se dégage de cette toile : les bateaux vont lever l'ancre tandis que les femmes attendent le départ, de légères fumées embrument l'atmosphère délicieusement chaude de cette fin de journée d'octobre, et de derrière les dunes, dorées encore par les derniers rayons du soleil, monte un croissant de lune dans un ciel gris cendré.
Et son "Calvaire d'Equihen sous la neige"!- Quelle désolation et quel sentiment vrai de la tempête en hiver ! - Il donna cette toile pour une grande tombola faite pendant la guerre au profit des artistes et des écrivains, et nous en ignorons l'heureux possesseur.
Profondément religieux, mais d'une religion tout intime qui ne s'attachait pas aux manifestations extérieures d'un culte, chrétien faisant remonter à un Dieu créateur tous les phénomènes et toutes les beautés de la nature, Palézieux donnait une importance primordiale au facteur moral dans la lutte de l'homme et des l'éléments.
Or, aucun village de pêcheurs sans un calvaire : tantôt c'est un immense monument de granit, où, comme en Bretagne, toute la Sainte Famille est groupée autour du Christ; tantôt, comme dans le Boulonnais, c'est une croix plus modeste, en pierre ou en bois, au pied de laquelle femmes et enfants prient pour le salut des absents.
En écrivant ces lignes, j'évoque avant tout la grandiose composition "En perdition" du Salon de 1908 : Au large un bateau coulé. Sur les bords de la falaise, à côté du prêtre qui bénit les agonisants, un jeune marin lève bien haut la croix, suprême consolation, suprême espoir.
Lutte de l'homme contre les éléments avides de victimes, désespoir des femmes et des enfants qui restent, désespoirs où perce cependant une lueur d'espérance, ou brille un éclair de foi plus intense que le désespoir : Ave crux spes unica !,...
Mais voici une autre page plus réaliste et non moins saisissante: son "Perdus" du Salon de 1909 : un cargo échoué sur une côte déserte et sauvage, est battu violemment par la tempête.
Au-dessus de l'épave, des oiseaux de mer guettent, farouches, le bétail qui sombre dans les vagues écumantes ou va briser contre les écueils.
Puis vint la guerre, et la première tragédie maritime lui inspira une toile émouvante qui figura au Salon de 1920.
Le 26 octobre 1914, "l'Amiral Ganteaume", des chargeurs Réunis, quittait le port de Dunkerque avec 2500 réfugiés à bord.
Au large de Boulogne-sur-Mer, un sous-marin ennemi lui lança une torpille, qui, tout en déchirant l'avant du vapeur, ne réussit cependant pas à le couler.
Le bateau, qui s'enfonçaient, fut ramené à Boulogne.
Mais auparavant, quelques personnes affolées, croyant que tout était perdu, semèrent à bord une panique qui coûta la vie à de nombreux passagers.
Les uns se jetèrent à l'eau, d'autres firent chavirer les embarcations que l'équipage descendait à la mer.
Environ 2400 réfugiés furent recueillis par le "Queen", qui assurait les communications entre Boulogne et Folkestone, et sur lequel Palézieux se trouvait par hasard ce jour-là.
Ce tableau, d'un réalisme effrayant, fut donné par l'auteur au Musée de Boulogne-sur-Mer.
Je pourrais multiplier ces exemples qui se valent tous par l'émotion et la sincérité, mais , dans l'espace restreint qui m'est imposé, je me bornerai à mentionner encore : "Dans les brisants", de 1911, "Holà hisse", de 1913, où les marins d'Equihen disputent à la mer leurs embarcations trapues, tels les pêcheurs des îles Lofoden dans le "Dernier Viking" de Jean Bojer, "Echouage par gros temps", de 1922 et le "Tiens bon" de 1924, son dernier grand tableau exposé.
La guerre avait chassé pour un temps Palézieux de sa solitude d'Equihen, et il y rapporta une vision rajeunie par la lumière et la couleur du Midi.
Sa facture large et puissante ne s'accomodait pas des petites touches juxtaposées des impressionnistes ou des pointillistes, il mettait trop de fougue dans son exécution pour ne pas être gêné par ce métier lent et patient.
Mais que de toiles lumineuses et ensoleillées qui disent la douceur du lac d'Annecy et la nacre de ses reflets, l'éblouissement du milieu du jour et la paix du soir à Antibes, les tons fauves et roux des Pyrénées qui viennent mourir dans la Méditerranée!
Toute cette côte du Roussillon annonce déjà la lumière de l'Espagne et les environs de Collioure évoquent le ciel pur de la Grèce.
Ce petit port de pêche avait pour lui un attrait spécial.
Des quantités de barques légères tendent au vent leur unique voile latine et volent sur la mer comme de grands papillons.
Il fallait toute la connaissance de l'eau et du gréement d'un bateau, que possédait Palézieux, pour peindre sur nature des toiles si pleines de mouvement.
Soleil qui sort des flots et caresse de rose et d'or les vieux murs du château et la curieuse tour sarrasine servant actuellement de clocher à l'église, barques folles qui échouent sur la grève dans l'atmosphère bleutée du matin et versent à pleins bords la sardine fraîche, ou dont le vent du soir gonfle la voile dorée par le soleil couchant, grouillement des pêcheurs qui égayent la plage des notes bleues, rouges ou jaunes de leurs vêtements, taches noires des femmes raccommodant les filets.
Palézieux goûta tout le charme de ce site enchanteur et en rendit avec émotion la vie intense et la poésie.
Il retrouva sur la côte basque l'atmosphère de l'Océan qui lui rappelait un peu la Bretagne et la Manche, et les grandes lames du large qui labourent le golfe de Gascogne et viennent balayer les digues de St-Jean-de-Luz.
Il en rapporta des toiles empreintes de la même sincérité devant la nature...
Ennemi de toute ficelle et de tout truc, Palézieux s'écartait le moins possible de la vérité.
Des croquis abondants accompagnaient ses études, de beaux modèles de voiliers et de barques de pêche décoraient jusqu'à sa chambre à coucher, et lui permettaient des dessins très poussés pour la mise en place de ses bateaux.
Mais, son tableau une fois conçu dans son esprit, puis composé et dessiné sur la toile, la couleur et l'effet mis au point par des esquisses plus petites vingt et trente fois recommencées, Palézieux donnait libre cours a son inspiration, et, surtout à la fin de sa vie, exécutait son oeuvre avec une maîtrise incomparable.
Ceux qui, blottis comme moi dans un coin de son atelier, eurent la chance de le voir travailler, diront la fougue avec laquelle il ébauchait sa toile, faisant voler d'une brosse légère les mouchets d'écume arrachés par vent, ou modelant au couteau la vague dont il faisait sentir toute la pesanteur.
Une si belle vie de travail et de recueillement devant la nature fut récompensée en 1910 par la croix de chevalier de la légion d'honneur.
Il était Hors Concours aux Artistes Français depuis 1905.
La maladie qui l'emporta le surprit en pleine activité.
Il venait de terminer un grand tableau: "Rentrée de barques catalanes dans le port de Collioure par un coup de mistral", et, dans sa note d'Equihen, travaillait à sa dernière toile, restée inachevée : sous un ciel noir, devant une mer déchaînée, des marins, ployés par l'effort, remontent dans leurs bras un noyé arraché à la tempête, et vont le déposer au pied du Calvaire où l'attendent les femmes...
Jusqu'à la fin il sentit vibrer en lui l'amour de la lutte grandiose entre l'homme et les éléments, lutte qui a toujours passionné les peintres et les poétes.
Aujourd'hui, sa noble mission accomplie, l'apôtre du travail et de l'art, que fut Palézieux, repose à côté des siens, dans le vieux cimetière fleuri de St Martin, au-dessus du lac qui avait bercé ses rêves de jeunesse.
Auprès de sa tombe, un vent plus doux que celui de l'Océan fait bruire les hauts cyprès, témoins austères de l'essor des âmes vers un monde plus ensoleillé et plus lumineux.
Les rives de ce lac lui avaient inspiré jadis d'heureux sujets, tels les "Pêcheurs devant St-Gingolph", du Cercle du Marché de Vevey, la "Tempête sur le Léman", du Musée de Lausanne, et les "Funérailles d'un R.P. Cupucin", du Musée Jenish de Vevey, qui eut pour cadre l'ancien couvent des Clarisses d'Evian, et au sujet duquel les paysans des environs lui écrivirent une lettre touchante de remerciements et d'admiration.
Puis ce tableau, propriété de Madame William Guénod, à Vevey, qui, sans dévoiler le futur peintre de marines, témoignait d'une âme éprise d'idéal : un prêtre gravit un rude chemin de montagne, bordé d'une croix et inondé des rayons du soleil qui perce les nuages : déjà la croix que nous avons retrouvée dans ses paysages maritimes, symbole qui soutient le marin comme le montagnard dans leur âpre lutte avec la nature.
Une autre toile lui avait valu en 1889 sa première mention au Salon : Sur ces bords du Léman, empourprés par le soir, la voix de l'Angelus, arrivant du clocher lointain, annonce au prêtre au pied de la croix qu'une journée vient de finir.... ...
Laissons là ce grand artiste dans la nature paisible et souriante qui l'a vu naître !... - Dans un passage des "Two Paths", Ruskin définit bien le but de l'art : "L'art, - consacré uniquement à la peinture vraie, à la représentation "sincère et fidèle de choses souvent humbles, mais néanmoins de ces choses qui ont chacune leur place dans la vie, - l'art ainsi compris, sera toujours utile à l'humanité, et plein de force, de salut et de réconfort."
C'est ainsi qu'Edmond de Palézieux a compris l'art. Robert PUGH.




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